Dc Stone

Jean-Louis Coche traverse le temps


Docteur Stone a soigné les corps des Rcbistes puis des Ccrbistes depuis vingt-neuf ans. A 62 ans, il vient de prendre sa retraite du sport de haut-niveau


La vie est parfois pleine de surprises. Si l’on vous dit que Jean-Louis Coche doit ses vingt-neuf ans de « carrière » au service de la grosse balle orange à une… toute petite balle jaune, cela vous étonne-t-il ? Pour ceux qui le connaissent la réponse est non. Car, « Docteur Stone » - ce fan des Rolling du même nom -, n’a jamais tenu en place. Tennis, VTT, randonnées, basket n’ont jamais eu de secret pour lui. A la fin de la saison dernière, le « Doc » a rendu son tablier de médecin du CCRB. Retour sur son parcours autour des parquets.


 


PERIODE I : 1988-1991


La découverte du haut-niveau


« Je venais de m’installer. Mon partenaire au tennis a appris que j’étais médecin du sport. » Et voilà comment Jean-Louis Coche, juste après avoir posé sa plaque de toubib, a répondu favorablement à la proposition de Philippe Jourdain (son « adversaire » derrière le filet) qui s’apprêtait à prendre la succession de son beau-père Fred de Silvestri aux commandes du RCB.


Dans la vie, il y a de bonnes rencontres, au bon moment. Celle-ci en fut une. « J’ai commencé ma carrière dans le haut niveau tout de suite. » Avec quelques années de recul, il doit certainement encore savourer cette époque. Après son intronisation dans le monde du sport professionnel, Jean-Louis Coche a eu la joie de vivre une accession en Pro A au côté de Francis Charneux, le coach référent de sa première époque.


UNE CONTRE-INDICATION FORMELLE


Mais, pour que tout se passe idéalement, ou presque, « il y a une obligation de remise en question permanente.  La médecine du sport est différente de la médecine traditionnelle », souligne-t-il. « Je me suis entouré d’un réseau de spécialistes avec lesquels il faut avoir une confiance réciproque. » Ce réseau doit être réactif car dans le monde du sport, tout va plus vite, plus loin, plus fort… « L’objectif est que l’on perde le moins de temps possible dans les protocoles. »


Avec Francis Charneux, Jean-Louis Coche apprend « le travail en collaboration » et le respect du joueur. Pas question de mettre sa santé en péril. Pas question « d’une reprise à mi-temps. » Les Benkaly Kaba, Derrick Lewis ou autre TJ Lux gardent certainement un souvenir ému de celui qui a veillé sur leur santé. Ces trois-là ont une place bien à part dans les souvenirs du Doc. « Benkaly, c’était un guerrier sur le terrain, dur au mal. Quand TJ ne jouait pas, c’est qu’il ne pouvait vraiment pas. »


Quant à Derrick Lewis, « il souffrait d’une hypertension artérielle. Au cours d’une de ses visites médicales, le cardiologue a diagnostiqué une contre-indication formelle à la pratique du sport de haut-niveau. » Et pourtant, Derrick a continué à martyriser les pivots adverses à grands coups de contres. « Il a fait une attestation disant qu’il me faisait confiance, qu’il ferait attention à son régime… » « J’avais toujours les médicaments adéquats avec moi », précise le Doc. A son départ du RCB, Lewis lui a offert du champagne et deux coupes gravées. Et quand les deux hommes se sont retrouvés lors du dernier déplacement marnais en Pro A, le Doc Jean-Louis avec la valise médicale du RCB et l’intérieur Derrick avec le maillot du Havre, les retrouvailles furent émues.


Le dépôt de bilan du RCB en 1992 aurait pu marquer la fin de sa courte aventure chez les pros. La passion du sport, l’amour du club poussèrent Jean-Louis Coche à rester dans le bateau en perdition.


PERIODE II : 1992- 2009


L’état d’esprit et les résultats


Le dépôt de bilan de 1992 clôt le chapitre RCB. Le RCBA (A comme amateur) prend le relais. Bernard Mary, le fidèle, doit rebâtir un staff dirigeant, technique, sportif… Il ne tarde pas à renouer le contact avec ceux qu’il veut embarquer dans cette nouvelle aventure. Jean-Louis Coche fait partie de cette garde rapprochée. « Bernard m’a demandé si je voulais en être. » La réponse fut évidente.


« Philippe Mergen a repris l’équipe en N4 », se souvient Jean-Louis Coche. Puis, Jean-Yves Marescal a conduit les nouveaux Rcbistes en N3. L’intérim du CTR s’achève avec le retour de Francis Charneux. « Il a fait venir Stéphane Khiari qui allait gravir tous les échelons jusqu’à la Pro A avec le RCB », se souvient encore le Doc. L’histoire est à nouveau en marche, émaillée de quelques souvenirs médicaux… et conviviaux.


Maurice Stephens, par exemple, une recrue US « arrivé à Reims avec un syndrome néphrotique et qui a rapidement commencé à gonfler… ». Ou encore Thomas Andrieux et Mickaël Vérove, atteints à quelques années d’intervalle par le même mal (tendinite calcifiante). Ces épisodes douloureux sont heureusement effacés par d’autres plus joyeux. « Avec Stéphane (Khiari), Thomas (Lotz), Régis (Boissié) ou encore Mohamed (Sy), on marquait chaque fin de saison par une fête. » C’est cet esprit qui a certainement permis au club rémois de retrouver son lustre passé.


De cette période, Jean-Louis Coche retient encore trois personnalités : Bernard Mary, « le dirigeant que j’ai côtoyé le plus longtemps », l’entraîneur Laurent Gaudré (qui allait devenir directeur général du CCRB) et Eric Girardin, le dernier président du RCB version club pro puis le vice-président de Châlons-Reims, en charge du domaine sportif.


Revenu dans l’antichambre de l’élite en 2010 grâce à son titre de champion de France de N1, le RCB unit alors ses forces avec son voisin châlonnais de l’Espé. Le CCRB venait de naître.


 


PERIODE III : 2010 – 2017


La Pro A puis le clap de fin


L’union marnaise est née. Les présidents Eric Girardin (RCB) et Michel Gobillot (Espé), les maires des deux villes Adeline Hazan et Bruno Bourg-Broc « ont fait fort en deux mois », apprécie Jean-Louis Coche. Une nouvelle fois, le Doc est sollicité par le président de la nouvelle entité. « Michel Gobillot m’a demandé si je voulais continuer ce que je faisais au RCB et constituer mon staff médical. » Une nouvelle fois, la réponse est positive.


Docteur Stone va vivre la Pro B puis la Pro A, avec un prodigieux souvenir lors du stage aux Bahamas de la première présaison du CCRB dans l’élite). Au cours de ces sept années, il découvre de nouvelles personnalités comme celle de Drew Gordon « une bonne personne, qui a toujours le sourire et est un véritable guerrier sur le terrain » ou encore Nikola Antic dont il apprécie « le côté serbe-monténégrin, dur au mal, qui se rapproche de ma nature ardennaise (il est né à La Francheville) et qui cerne rapidement la psychologie du sportif. »


Pourtant, une certaine lassitude le guette.  L’esprit qui a fait soulever des montagnes aux Rcbistes s’évapore au fil du temps. C’est cet esprit que regrette aujourd’hui le Doc. « Le sportif est mentalement friable. Il a du mal à se remettre en cause. Une contre-performance, pour lui, est toujours la faute d’un autre. Il se planque derrière la pathologie. »


Aussi, à la fin de la saison dernière, Jean-Louis Coche a rangé ses « outils de travail » de médecin de sport « de terrain. » « Au fil des ans, cela devenait de plus en plus usant », admet-il. Mais, le basket n’est pas fini pour lui. « Je reste un passionné et je continuerai à venir voir des matches. » Car, au-delà de la passion, le Doc a de la mémoire. « Je ne remercierai jamais assez le basket. Il m’a fait progresser dans mon boulot. »


 


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Le Doc porte-bonheur


Il n’y a pas que le basket dans la vie de Jean-Louis Coche. Médecin du RCB puis du CCRB, il a également entraîné son autre passion sur les rives de la médecine du sport de haut-niveau. Amoureux du VTT qu’il pratique toujours sans modération deux fois par semaine (témoin sa récente chute), il n’a pas hésité quand il a su que la Fédération française de cyclisme cherchait un médecin pour le VTT. « J’ai postulé. On était cinq candidats et j’ai été choisi. Mon expérience de médecin d’équipe a été déterminante. »


La Fédé n’a pas eu à regretter son choix. Explication avec le sourire et sans prétention de Jean-Louis Coche : « J’ai fait trois Jeux olympiques, Sydney, Pékin et Londres », rappelle-t-il avec fierté. « Et à chaque fois, on a ramené un titre (Manuel Martinez, Julien Absalon, Julie Bresset). A Pékin, on a encore obtenu une médaille d’or en BMX avec Anne-Caroline Chausson. » Alors faut-il le qualifier de Doc porte-bonheur ?